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La Martyre

Un article G. Toscer publié en 1908

La Martyre. (En breton : Ilis ar ar Merzer-Salaun, Eglise du martyre de Salomon). Ancienne trève de Ploudiry, l'église de la Martyre est consacrée à Notre-Dame et au roi de Bretagne, saint Salomon, qui fut massacré par des révoltés, le 25 juin 874, au lieu même où est placé maintenant le maître-autel.

L'église de la Martyre est précédée d'un arc de triomphe dont la partie centrale est ornée d'une belle balustrade à compartiments flamboyants. Un joli calvaire à trois croix, au pied duquel on accède par un escalier ménagé dans le massif, domine ce monument, dans son genre un des plus anciens du pays. Le clocher est du XIIIe siècle. Sa plate-forme, garnie d'une balustrade trilobée, porte une flèche octogonale avec quatre fenêtres à pignon aigu, correspondant aux quatre faces de la tour. Le porche, du XVe siècle, est remarquable par le nombre et la finesse des statuettes qui ornent ses voussures. Dans le tympan on voit une belle représentation de la Nativité de Notre-Seigneur qui, hélas! a été stupidement mutilée. La Vierge couchée devait autrefois allaiter le Saint Enfant Jésus. On se demande ce que pouvait bien avoir de choquant une telle représentation: toujours est-il que cédant à une pruderie inconcevable, un iconoclaste a fait couvrir la nudité de la Vierge, transformée aujourd'hui en momie égyptienne, et on ose, après cela, parler du vandalisme révolutionnaire!

L'ossuaire de style Renaissance porte la date de 1619. Dans la façade, deux anges tiennent des banderolles où sont gravées des inscriptions bretonnes. Sur l'une on lit:

HAN MARO : HAN BARN : HAN IFERN :
IEN : PA : HO : SOING: DEN: E : TLE : CRENA :
FOL: EO : NA PREDER. (1)

Et sur l'autre:

ESPEROUT : GUELET : EZ : EO : RET: DE CEDI (2)

Au-dessus, au milieu du pignon, est une niche ornée de deux cariatides, qui abrite la statue de saint Pol Aurélien tenant en laisse le dragon.

L'angle à pan coupé, à l'ouest de l'ossuaire, est supporté par une cariatide en kersanton, de grandeur naturelle, représentant une femme, le haut du corps nu, les mains derriére le dos et les jambes enveloppées de bandelettes entrecroisées.

A l'intérieur, trois bénitiers, dont un de style Renaissance est de toute beauté . La nef est pourvue d'arcades ogivales soutenues par des faisceaux de colonnettes aux chapiteaux bizarrement fouillés: les uns sont ornés de feuilles; sur les autres rampent des monstres dont la tête formant l'angle du chapiteau appartient à deux animaux à la fois.

Des deux côtes du choeur, des arcatures trilobées et des colonnettes en kersanton reposent sur un soubassement également en pierre, formant une élégante clôture au sanctuaire. Enfin, il faut citer quatre belles verrières anciennes dont l'une porte la date de 1562.

Le trésor de l'église renferme une statuette en argent de l'Enfant Jésus et un magnifique reliquaire de saint Salomon. Ce reliquaire en argent, est en forme de chapelle, surmontée d'un clocheton et entourée de douze niches où sont les statuettes des Apôtres. L'Enfant Jésus et le reliquaire sont exposés à la piété des fidèles le jour du pardon (dimanche avant le deuxième lundi de juillet) et pendant les deux jours qui suivent.

La Martyre possède un hippodrome où avaient lieu autrefois des courses fameuses , à l'occasion de la foire aux chevaux, une des plus célèbres de la Bretagne. La foire commençait le deuxième lundi de juillet, le lendemain du pardon; elle durait huit jours et attirait dans le petit bourg une foule considérable. Aujourd'hui, malgré de louables efforts pour ressusciter les courses de La Martyre, la foire bien déchue ne dure plus que deux jours, attirant de moins en moins la foule chaque année.

(1) La mort, le jugement, l'enfer font frémir d'y penser; fou est celui qui n'y songe.
(2) Espérer, voir, il faut mourir.

Le texte ci-dessus est extrait de l'ouvrage suivant :

G. Toscer
Le Finistère Pittoresque (sites et monuments)
Pays de Léon et Tréguier
Imprimerie A. Kaigre, 4, Rue du Château
Brest 1908